vendredi 1 septembre 2017

AVANCE RAPIDE #3 Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012

Camille redouble avait fait grand bruit à sa sortie en 2012, grâce à sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Je me souviens qu'à peu près tous les adultes et adolescents que je connaissais souhaitaient le voir ou s'étaient directement précipités au cinéma. Ma prof de français de l'époque nous en avait même parlé au détour d'une phrase. Cependant, je n'avais pas été tentée par ce film. L'histoire ne touchait pas vraiment l'adolescente de treize ans que j'étais, et j'allais beaucoup moins au cinéma que maintenant.
J'ai songé à cela la veille, lorsque j'ai regardé Camille redouble, et je me suis dit que j'avais bien fait d'attendre, afin de l'apprécier dans sa globalité, car certains détails m'auraient probablement déstabilisée si je l'avais vu il y a cinq ans ! Il me paraît difficile de classer ce septième long-métrage de Noémie Lvovsky dans une catégorie : drame, comédie, film fantastique, rêvé, ou objet non identifié ? Camille redouble est tout cela à la fois, et bien plus encore.

© Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012

La première scène est évocatrice : un réalisateur de cinéma d'horreur et son équipe tournent une scène d'une obscure série Z au titre évocateur, La vengeance du boucher. Faux sang dégoulinant et trucages sont donc au rendez-vous, pour le meilleur et pour le pire. Cette atmosphère loufoque est présente tout le long du film, mais se trouve parfois teintée de nostalgie.
Camille a une quarantaine d'années et une existence qui ne la satisfait pas, hantée par la mort de sa mère et par sa séparation avec Eric, son amour d'adolescence, devenu son compagnon par la suite. Elle a une fille, un chat, une bague qu'elle voudrait enlever et une montre qu'elle souhaiterait réparer. On suppose que c'est celle-ci qui lui permettra de retourner dans le passé sans le vouloir, mais la réalisatrice ne propose pas vraiment d'explications à ce sujet. Camille se retrouve donc en 1985, l'année de ses seize ans. Elle n'a pas conservé son visage d'adolescente, comme dans certains films américains, mais personne ne semble s'en rendre compte. Il est difficile de résister à la frénésie de Noémie Lvovsky, qui donne de sa fougue au personnage de Camille, ainsi qu'aux nombreux autres acteurs qui rythment le film par leur présence. Les petits rôles sont très soignés et réussis, du professeur de français sadique (Mathieu Amalric), à l'horloger sensible et un mystérieux (l'excellent Jean-Pierre Léaud). L'esthétique et le style vestimentaire des personnages sont très importants, car il semble que tout s'accorde parfaitement — les vêtements colorés que porte Camille rappellent sa chambre d'adolescente avec des photos d'icônes comme Marlon Brando, James Dean ou Marylin Monroe collées un peu partout. Il en va de même pour l'appartement que l'on découvre dans les premières scènes du film, qui rappelle irrésistiblement la fantaisie du personnage par ses grandes bibliothèques remplies de livres et ses murs colorés. Aucun détail n'est laissé au hasard — Noémie Lvovsky exploite chaque piste à fond. On ajoutera à cela des dialogues savoureux, donnant lieu à certaines scènes vaudevillesques, notamment avec les professeurs de français et de théâtre. Il est difficile de ne pas sourire, voire d'éclater franchement de rire, en voyant Camille et ses trois copines toutes de rose et de noir vêtues passer par la fenêtre de la classe parce que "c'est l'insurrection m'sieur".

© Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012
L'erreur serait de penser que Camille redouble est de l'ordre du simple divertissement, le genre de film que l'on regarde pour se changer les idées et sourire après une journée orageuse. En réalité, Noémie Lvovsky effectue une "recherche du temps perdu" des plus réussies. Elle parvient à contourner les clichés, ainsi que l'horizon d'attente du spectateur. Camille Vaillant n'est pas une fée venue d'une autre époque, certaines choses sont irrémédiables, et elle est dans l'impossibilité de les transformer. C'est ce caractère définitif de l'espace temps qui donne au film un aspect fortement mélancolique. Malgré des chorégraphies endiablées sur des tubes de Bananarama ou Katrina & The Waves, les personnages sont en quête d'une existence meilleure, car leurs aspirations ne sont nullement en accord avec leur vie. Noémie Lvovsky le montre bien : ce retour dans le passé ne changera rien dans la vie future de Camille... Ou presque ? Comme je l'ai déjà précisé, le spectateur est à mille lieues de son horizon d'attente. Tout peut arriver.
Les personnages sont toujours plein de franchise et de naturel, même s'ils restent complexés et tristes, que ce soit à l'âge adulte ou à l'adolescence. La jolie Josepha aimerait être plus douce, ce sera donc l'occasion pour Camille de lui apprendre, le temps d'une scène, à tenir délicatement sa cigarette... Camille redouble est un véritable condensé de poésie, d'amour et d'humour, accompagné par de vrais tubes (ce sera l'occasion pour vous de redécouvrir, entre autres, 99 Luftballons ou Walkin on Sunshine) mais aussi par quelques belles musiques de Gaëtan Roussel, le leader de Louise Attaque, composées spécialement à cette occasion. Si le film comporte néanmoins quelques anachronismes — certaines chansons n'étaient pas encore sorties durant l'adolescence de Camille, en 1985 — ceux-ci renforcent encore son caractère décalé et hors du temps.
L'image à retenir sera celle de ces "quatre dromadaires" — titre de l'une des chansons de Gaëtan Roussel — dignes héritières des célèbres adolescents écorchés du cinéma qu'ont pu être Antoine Doinel ou Jim Stark.




Avec : Noémie Lvovsky (Camille), Yolande Moreau (la mère de Camille), Michel Vuillermoz (le père de Camille), Samir Guesmi (Eric), Judith Chemla (Josepha), Denis Podalydès (Alphonse Da Costa) Julia Faure (Louise), India Hair (Alice)...
Date de sortie en France : 12 septembre 2012
Durée : 120 minutes (bande annonce ici)

Disponible sur Netflix

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