jeudi 29 août 2019

Avance rapide #5 Euphoria, 2019

Il me paraît assez bizarre de revenir sur ce blog après environ un an de silence !
Si je l'ai déserté ainsi, c'est avant tout parce que j'ai été pas mal occupée avec d'autres projets (comme mon blog photo ou mon webzine), et avec le cours de la vie, tout simplement. J'ai donc décidé de reprendre du service aujourd'hui pour parler d'une série, sortie sur HBO le 16 juin 2019 et qui est devenue une référence incontournable en l'espace de quelques mois — j'ai nommé Euphoria de Sam Levinson.

Si certains et certaines d'entre vous ne savent pas de quoi il s'agit, le résumé est assez simple. Euphoria relate l'histoire de Rue Bennett, une adolescente de 17 ans, fraichement sortie de cure de désintoxication. Le spectateur comprend rapidement que, si la jeune fille a été forcée de rester sobre pendant ces quelques mois de cure, elle n'a pas l'intention d'arrêter de consommer des drogues, en raison de l'anxiété et des TOC qui la rongent. Sa rencontre impromptue avec Jules, une nouvelle élève de son lycée et une adolescente trans, va avoir un impact considérable sur le cours de son existence. Le résumé d'Euphoria — qui est un remake de la mini-série israélienne homonyme, diffusée entre 2012 et 2013 — paraît assez sombre de prime abord, et la série l'est elle-même indéniablement, même si elle est initialement réservée aux adolescent-e-s. Si vous êtes à la recherche de quelque chose de comique ou de léger, passez votre chemin (dans ce cas-là, je vous conseille  plutôt Au service de la France).

© Euphoria, Sam Levinson, HBO, 2019


En visionnant les 8 épisodes d'une heure qui composent la première saison d'Euphoria, je me suis dit que cette série avait énormément de qualités. Elle possède avant tout une très grande force visuelle, notamment en raison de ses nombreuses scènes nocturnes. Les personnages sont semblables à des oiseaux de nuit, qui sillonnent la ville à vélo à la recherche de drogues, de sexe, de perte de conscience et d'amour parfois. La plupart d'entre eux transportent leurs émotions comme un fardeau, et tentent de les cacher comme ils le peuvent. Chaque épisode se concentre sur un personnage différent, même si Rue demeure une sorte de comète fixe dans cet univers déséquilibré. Elle assume à la fois le statut de personnage et de narratrice omnisciente, ce qui lui confère une grande force malgré sa fragilité et une relation plus forte avec le spectateur. Peu à peu, les membres de son entourage se délestent de la carapace qu'ils ont patiemment construite autour de leur corps et de leur esprit. (Cet aspect sera abordé directement lors du dernière épisode de la saison 1, avec le morceau "My body is a cage" d'Arcade Fire en fond sonore). Cette métamorphose, du papillon à la chenille, et non l'inverse, est très intéressante à suivre. La série est plutôt subtile lorsqu'elle aborde la psychologie des personnages, et se différencie de ses consoeurs (Gossip Girl et autres joyeusetés), comme avaient pu le faire Skins ou Misfits à une époque pas si lointaine.
© Euphoria, Sam Levinson, HBO, 2019

Les intrigues d'Euphoria restent relativement classiques malgré tout, même si elles ont le mérite d'aborder frontalement les dérélictions et les joies de notre génération, notamment dans son rapport aux réseaux sociaux. Les personnages naviguent sans arrêt dans une mer d'images, que ce soit via YouPorn ou les applications de rencontre. Il leur arrive de tisser des liens virtuels avec des gens qu'ils n'ont jamais vus, voire même de tomber amoureux de ces derniers et de s'en trouver désenchanté-e-s par la suite. Les relations sociales sont pour eux un tissu de désillusions. Seule Rue met sa relation avec Jules au premier plan, et demeure ainsi le personnage le plus attachant de la série, avec son amie Lexi, qui a malheureusement tendance à être reléguée au second plan — tout comme Fez, le dealer qui ne tombe jamais dans la caricature. 
Rue possède une forme de croyance infinie en cette magnifique jeune fille, qui a contribué à la sauver un peu. Elle se donne à elle sans protection mentale, ou presque.

 © Euphoria, Sam Levinson, HBO, 2019

La série possède quelques maladresses malgré tout — des longueurs, alors que l'on aurait aimé plus de concision à certains moments ou le manque de consistance de certains personnages par rapport à d'autres.
Par ailleurs, Euphoria propose un large spectre de personnages et de caractères différents. Elle ne se limite pas à un genre, ni à une orientation sexuelle — ce qui est extrêmement réconfortant — et l'on pourrait presque la qualifier "d'accueillante" pour cette même raison. J'ai également beaucoup apprécié le montage, extrêmement dynamique et original, avec quelques parti-pris osés de la part du créateur (on pense notamment à la toute dernière scène de l'épisode 8), mais qui fonctionnent très bien. Les nombreux flashbacks sont parfois redondants, mais ils contribuent à donner plus d'épaisseur aux personnages, en montrant notamment leur évolution depuis l'âge de 11 ans. Euphoria donne aussi un grand coup de pied aux codes habituellement réservés aux séries ados américaines : ici, les gens populaires du lycée ne sont pas les plus chanceux. Ils possèdent en eux une forme de violence sourde et insondable, comme c'est le cas pour Nate Jacobs, l'inquiétant footballeur qui en est à se taper la tête contre le sol de sa chambre parce qu'il ne sait plus comment se confronter à son père. Ils sont beaux et ils font pitié. Ils sont humains, et ça fait plaisir. 
Difficile de clôturer cet article sans saluer la performance des acteurs et des actrices, qui livrent un travail fabuleux, notamment Zendaya, qui livre une performance incroyable dans le rôle de Rue. Hunter Schafer, la superbe interprète de Jules, est à mi-chemin entre une force increvable et une fragilité à fleur de peau — ces deux aspects de son caractère se manifestent par des make-ups qui méritent d'être mentionnés, parce qu'ils sont très beaux et originaux. J'ai un peu moins apprécié la BO de la série — dans laquelle on retrouve, entre autres, Rosalia, DMX, Anderson .Paak ou Madonna — tout simplement parce que ce n'est pas du tout mon style de musique. Néanmoins, certains morceaux se marient très bien avec les ambiances nocturnes bleues ou les fêtes qui n'en finissent jamais. Quand on y pense, l'atmosphère d'Euphoria peut évoquer celle de Donnie Darko de Richard Kelly, probablement parce qu'il s'agit dans les deux cas d'une sorte de fantasmagorie du réel, où l'adolescence réinvente le monde, pour le meilleur et pour le pire.

            

Parenthèse musicale finale : pour celles et ceux qui sont intéressé-e-s, j'ai également fait une mini playlist Spotify composée de 15 morceaux qui me rappelaient l'atmosphère de la série !

                                            

dimanche 2 septembre 2018

TUBES DE L'ÉTÉ #2 Cinéma sonore (ou Joséphine, le nouvel EP de Féroces)

Aujourd'hui, alors que l'été touche à sa fin et que septembre reprend du service, je reviens pour vous parler de Joséphine, le troisième EP de Féroces, sorti le 1er septembre. Quelques mots d'abord sur Féroces. C'est un groupe de post-rock bisontin, composé de Sébastien Descamps (basse et claviers), Jérôme Josselin (guitare) et François Schauber (batterie). "Personne ne danse, personne ne chante", tel est le message diffusé par le trio aux influences cinématographiques multiples (Claude Chabrol, Jean-Luc Godard, Patrice Leconte ou Noémie Lvovsky, pour n'en citer que quelques-unes). Guitare, batterie, basse, claviers et cinéma sonore.

J'ai découvert Féroces il y a un peu moins de deux ans, à l'occasion du festival de cinéma Entrevues, à Belfort. J'étais allée voir un film d'Ado Arrietta et un autre, réalisé par Godard et Anne-Marie Miéville. Le morceau qui accompagnait la magnifique bande annonce de l'édition 2016 était "Même ça tu n'as pas le courage", tiré de Juliette, le premier EP de Féroces. Enorme émotion musicale : c'était la première fois qu'un groupe collait autant à mes obsessions et surtout à ma vision de l'art — des passerelles entre différentes disciplines et un aspect combinatoire. Féroces a abattu les frontières entre musique et image — même si certains groupes, de trip-hop notamment l'avaient déjà fait avant (on pense aussi à la citation des Deux anglaises et le continent de Truffaut utilisée en boucle par Jean Bart dans "Modern Style"). Les chansons de Féroces peuvent nous faire voyager très loin, vers un monde intermédiaire. Il n'est pas nécessaire d'avoir vu les nombreux films utilisés par le trio. Au contraire, l'ignorance du contexte permet à l'auditeur de reconstituer son propre film, avec ses images mentales multiples, ses décors fantasmés et de combler les trous du scénario en recréant une histoire, souvent complètement différente. Par ailleurs, j'ai fait de belles découvertes cinématographiques grâce à Féroces, telles que Betty, de Claude Chabrol — que l'on retrouve dans le très sombre "N'ayez pas peur j'ai l'habitude" — ou La fille sur le pont, de Patrice Leconte — dont on découvre un extrait du monologue inaugural dans "J'attends qu'il m'arrive quelque chose". Il serait intéressant de dresser une liste complète du corpus cinématographique de Féroces, et de ses obsessions : des fantômes, comme Patrick Dewaere, des cigarettes, de l'amour, plus ou moins malheureux, des films un peu oubliés (La maladie d'amour de Jacques Deray), des voix douces — je pense notamment à celle d'Anna Karina dans le sublime Vivre sa vie de Godard — une sensation de vertige et d'incomplétude. Difficile de ne pas mentionner les clips réalisés par Nicotine, Pixopath ou Sylvain Messager prolongeant cette vision trouble et fantasmagorique amenée par la musique. Les singles de Féroces sont également magnifiques. Ils comprennent notamment "Donna", un morceau lancinant et rêveur, portant sur le personnage de Donna Hayward dans Twin Peaks, la série culte de David Lynch et une reprise incroyable de My Bloody Valentine avec "Sometimes (Jamais on ne nous dit ces choses-là)".

Et puis, il y a eu Joséphine, la dernière-née de Féroces. Une belle façon de clôturer les vacances, en noir et blanc, avec beaucoup de poésie. L'EP a été baptisé ainsi en raison du personnage interprété par Alice Isaaz dans Espèces menacées de Gilles Bourdos, sorti en 2017. Parmi les autres références cinématographiques abordées, on retrouve Je l'aimais de Zabou Breitman, dans le magnifique "Qu'est-ce qu'on va devenir nous deux ?", dont le clip est déjà disponible, ou Seul contre tous de Gaspar Noé — film qui me hante depuis longtemps déjà — dans "A chacun son petit tunnel". Chaque morceau possède une atmosphère particulière, une noirceur nimbée de lumière, et regroupe de nombreuses métaphores, comme le tunnel sombre, supposé représenter une vie humaine, ou la tempête de neige, associée ensuite au Sida, que l'on peut voir comme une menace de mort. La figure du boucher chevalin et de sa vie sans espoir, de ses soliloques amers, soldés par une incapacité pathologique à se lier aux autres est omniprésente, mais Féroces nous démontre une fois de plus que, contrairement à ce qu'affirme le personnage interprété par Philippe Nahon dans Seul contre tous, il y a (presque) toujours une lueur au bout du tunnel.

L'EP est à écouter intégralement ici et je vous laisse avec le clip de "Qu'est-ce qu'on va devenir nous deux ?", qui donne un bel aperçu du travail de ce trio qui ne danse et ne chante jamais.



Site de Féroces
Bandcamp

dimanche 15 juillet 2018

TUBES DE L'ÉTÉ #1 Amour lointain, mer chantante et grippe carabinée

Quelques mois plus tard, me voici de retour avec un article de circonstance, car j'écoute énormément de musique en été (bon, je dois avouer que j'en écoute à peu près tout le temps en fait), et les vacances me permettent toujours de faire de nouvelles découvertes. C'est pour cette raison que j'ai décidé d'inaugurer cette rubrique musicale, mais d'autres, moins estivales, suivront sans doute.

L'aérogramme de Los Angeles (Yves Simon Cover) — Woodkid & Louis Garrel 



Cette magnifique reprise figure sur l'album Génération(s) éperdue(s), un disque dédié à Yves Simon, dans lequel on peut retrouver d'autres belles reprises du chanteur par Christine & The Queens, Feu!Chatterton, Soko, Radio Elvis, et bien d'autres encore...
Le duo Woodkid/Louis Garrel fonctionne admirablement bien, et leurs voix se fondent dans la nostalgie latente qui se dégage de la chanson. L'instru est douce, planante, et ne prend jamais le pas sur la partie chantée. Cette reprise a le mérite d'être fidèle à la version originale, tout en devenant une création nouvelle à part entière, un instant de grâce de trois minutes trente, mélancolique comme un poème redécouvert après plusieurs années d'oubli.

Le naufragé — Voyou



Le Naufragé me rappelle un peu Conte d'été de Rohmer, et ses personnages d'adultes enfantins, fascinés par les marins et leurs chansons, qui les suivent jusque dans leurs aventures amoureuses. C'est une chanson bleue, douce et amère, un peu grave, belle dans sa grande simplicité. (Si vous avez le pied marin et que vous aimez un minimum les chansons sur les sentiments humains, le premier EP de Voyou, On s'emmène avec toi, sorti début 2018, est à écouter d'urgence !)

Hello? — Clairo ft. Reijie Snow



Difficile d'échapper à Clairo, jeune prodige d'électro pop âgée de dix-neuf ans, et dont le premier EP, diary 001, a fait grand bruit cette année. Ce titre rêveur et léger, en featuring avec le rappeur irlandais Reijie Snow, en est extrait. Il évoque une forme d'amour à distance et totalement virtuel, qui fonctionne sur la collision entre les deux univers de la chanteuse et du rappeur, et leurs visions différentes du sentiment amoureux.

La fièvre — Suprême NTM



Il n'y a pas de saison idéale pour écouter Suprême NTM qui reste, selon moi, l'un des meilleurs groupes de rap français de tous les temps. Ce titre culte et entrainant a tout pour plaire, car il allie rap, soul et funk (le fameux sample est issu d'un titre des Crusaders, un groupe qui mélangeait habilement différents styles de musique, comme le jazz et la pop). Et les paroles, qui décrivent une journée dans les vies de Kool Shen et de Joey Starr, sont des plus imagées... A conserver précieusement dans sa discothèque toute l'année.

mercredi 27 décembre 2017

AVANCE RAPIDE #4 Alias Grace, 2017

Je décide aujourd'hui de faire exception et de consacrer un article à une série — ce que je n'aime pas forcément faire d'habitude, car j'ai énormément de mal à être régulière, et que je commence toutes sortes de séries que je ne finis jamais... Je n'ai pas eu de souci avec Alias Grace car il s'agit d'une mini-série de 6 épisodes de 45 minutes (ou le format parfait pour moi). Au départ, je l'ai commencée sans trop savoir ce que je regardais, même si j'avais bien évidemment entendu parler de Margaret Atwood grâce au succès de The Handmaid's Tale. Je savais que la condition de la femme serait un aspect central de la série, qu'il y aurait une protagoniste forte et haute en couleurs et probablement un côté assez violent. Ces quelques éléments m'ont suffit pour démarrer les vacances de Noël avec cette série, que je vais commencer par résumer de manière assez brève et concise.

L'intrigue a lieu au XIXe siècle, dans une petite ville canadienne. Le docteur Simon Jordan — un aliéniste bien sûr, car il faut rappeler que l'étude de l'esprit humain et des maladies mentales faisait fureur à cette époque — se rend dans une petite ville canadienne afin de s'entretenir avec Grace Marks, une charmante jeune femme inculpée pour le double meurtre d'une gouvernante et de son maître de maison. Grace est emprisonnée depuis quinze ans dans un pénitencier, mais un petit comité de soutien à son égard s'est formé — comprenant, entre autres, le gouverneur et le révérend de la ville — et ses membres espèrent fermement que le docteur Jordan pourra démontrer son innocence. Cette mini-série est adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood, écrit en 1996 et lui-même inspiré de faits réels.

© Alias Grace, Mary Harron, 2017

Le premier épisode est très prenant et donne envie aux spectateurs et spectatrices de connaître la suite. Le tout fonctionne beaucoup sur un effet de suspens : Grace raconte son histoire au docteur Jordan de manière très fragmentée, le laissant ainsi sur sa faim, et nous avec. Il est important de préciser que les mêmes images — le meurtre de Nancy Montgomery, la gouvernante, le procès de Grace, etc — reviennent plusieurs fois, mais jamais dans le même contexte. Le puzzle compliqué que constitue l'histoire de la protagoniste se construit et se déconstruit au fil du temps... Sa duplicité est d'ailleurs questionnée durant toute la série. Grace est-elle une terrible meurtrière ou une innocente victime du destin, comme tant d'autres l'ont été avant elle ? Une personne avide de vérité ou une menteuse accomplie ? Ces questions sont abordées tout le temps, mais aucune réponse définitive ne sera livrée, car tel n'est pas l'objectif. Cette série joue la carte de l'implicite et de la subjectivité de l'intériorité et c'est cela même qui la rend si passionnante.
Les thèmes majeurs, la culpabilité et l'aliénation, sont explorés de manière multiple. La famille et les amis du gouverneur, pourtant favorables à la libération de Grace, prennent plaisir à l'observer alors qu'elle nettoie la maison — sa présence troublante semble quelque peu pimenter les séances de tables tournantes organisées par ces bourgeois à la fois bienveillants et trop curieux. Le docteur Jordan lui-même se laisse captiver par la jeune femme et lui pose parfois des questions intrusives. Ici, c'est la dignité, valeur suprême, qui est remise en cause, car Grace est une meurtrière potentielle, et cela semble en exciter plus d'un. Elle subit d'ailleurs un nombre incalculable d'abus physiques et verbaux et de châtiments, infligés le plus souvent par des hommes. La seule façon pour Grace de reprendre le pouvoir est de prendre la parole et de raconter son histoire, car son récit tient tout le monde en haleine, et elle peut finalement raconter aux autres ce qu'ils veulent entendre — ou non. 

© Alias Grace, Mary Harron, 2017

Le plus souvent, Grace s'adresse directement au docteur Jordan pour raconter son histoire. Nous avons donc affaire directement à un point de vue subjectif et biaisé, pouvant donner lieu à un sentiment de trouble, semblable à celui que peuvent rencontrer le lecteur et la lectrice du fameux Tell-Tale Heart d'Edgar Poe. Cette nouvelle ne révèle jamais l'identité du narrateur ou de la narratrice, car rien n'indique dans le texte s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Elle ne met pas non plus en évidence le motif de son crime, et sous-entend que la personne qui raconte l'histoire n'est en aucun cas digne de confiance — comme souvent chez Poe, mais je m'égare. Il en va de même pour Grace Marks. Le docteur Jordan doute plusieurs fois de la véracité de son récit, mais il ne peut s'empêcher de continuer de l'écouter, et de la croire malgré tout. Le personnage de Grace se base sur un ensemble de paradoxes, mais n'est-ce pas le propre de la nature humaine ? En souhaitant réduire cette jeune femme à un simple statut (celui de meurtrière ou d'innocente), on en oublie que l'un n'annule pas forcément l'autre. Et que Grace, à l'image de nous tous, est faite de duplicité.
Il est également important de préciser que chaque épisode commence par une citation mise en exergue, correspondant à ce que l'on s'apprête à voir. On y trouvera notamment des extraits d'œuvres de Lord Tennyson, Nathaniel Hawthorne, Edgar Poe (tiens, tiens) ou encore d'Emily Dickinson, dont le nom revient à deux reprises. La série me rappelle d'ailleurs un poème de cette célèbre poétesse américaine, que j'ai étudié cette année, mais qui ne fait pas partie du corpus cité dans Alias Grace. "A Narrow Fellow in the Grass" évoque la rencontre d'un jeune garçon avec un serpent. Manifestement, l'animal a fait réaliser quelque chose d'important au garçon, mais nous ne savons pas de quoi il s'agit. Là encore, la réponse n'est pas donnée dans le poème, construit également sur une forme de dualité entre peur et plaisir — l'alternance entre des hexamètres (6 syllabes accentuées) et heptamètres (7 syllabes accentuées) rappelle à la fois le Diable et Dieu.
L'atmosphère de la série est mystérieuse, touchante parfois, et violemment mystique souvent. La condition féminine reste la problématique centrale, principalement à cause du thème de l'aliénation que j'ai déjà mentionné (un mot dont la pluralité des sens peut parfaitement s'appliquer à l'ensemble de la série, puisque Grace est à la fois étrangère à elle-même par la faute de ses pertes de mémoire depuis le meurtre, mais également privée de liberté et entravée par les autres depuis son plus jeune âge). Alias Grace est l'histoire d'une bataille, d'une revanche, à une époque où les femmes sont encore considérées comme des objets, et non comme des individus à part entière.

             

Avec : Sarah Gadon (Grace Marks), Edward Holcroft (Simon Jordan), Rebecca Liddiard (Mary Whitney), Anna Paquin (Nancy Montgomery), Zachary Levi (Jeremiah/Jerome DuPont), Kerr Logan (James McDermott)...
Genre : Thriller, drame, biopic, série historique
Date de diffusion : 25 septembre — 30 octobre 2017
Disponible sur Netflix 

mardi 31 octobre 2017

LE 31ÈME JOUR DU 10ÈME MOIS DE L'ANNÉE

Vous l'aurez compris, cet article portera sur Halloween (quelle originalité...) 
J'aime énormément cette fête même si je dois avouer que je ne sors pratiquement jamais de chez moi que ce soit pour aller chercher des bonbons — ou me rendre dans une rave à l'intérieur d'un sous-sol avec de la dark trap en bande son et une multitude gens déguisés en Charles (ou Marylin) Manson et autres personnalités sympathiques et rassurantes. Néanmoins, il s'agit pour moi d'un jour particulier pour plusieurs raisons. Halloween est une fête automnale, et donc le "point culminant" de la saison, ce qui lui confère une ambiance finalement assez romantique : les feuilles mortes, la nuit, le froid, les craquements, les plantes, les fleurs qui se flétrissent, et j'en passe. Curieusement, je ne trouve pas qu'il s'agisse réellement d'une fête qui célèbre la mort, mais d'un événement d'une vitalité extraordinaire. Le temps d'une nuit, les zombies côtoient les sorcières — qui, rappelons-le n'étaient pas vraiment les bienvenues quelques siècles plus tôt — des quantités astronomiques de bonbons sont absorbées par une bonne partie de la population de cette planète et la peur règne en maître. Je parle ici d'une peur volontaire, que l'on choisit de s'infliger une fois par an au moins, afin de se procurer des sensations fortes. D'ailleurs, dans la nouvelle Le Tic de Maupassant, la peur est associée à un sentiment positif, car elle redonne de la vitalité au personnage qui en est victime, et lui permet de sortir de son état d'inertie.
J'en ai donc profité pour réunir dans cet article quelques-uns de mes "classiques du jour", à commencer par cette petite playlist comprenant des chansons aux titres célèbres, évocateurs et finalement assez convenus, mais efficaces...



Nowhere, Gregg Araki, 1997
© Nowhere, Gregg Araki

Attention, film à manier avec précaution. Araki est un réalisateur déjanté, qui n'hésite nullement à atteindre un point de non retour dans son cinéma, que ce soit au niveau de la violence ou de l'idéologie des personnages. Le synopsis est une sorte d'imbroglio incroyable, entre la science fiction, la série Z et le teen movie, mais il s'agit par ailleurs d'une expérience cinématographique unique et indéniable.  Ce film suit l'histoire de Dark, adolescent tourmenté — comme son nom l'indique — et de ses aventures, toutes plus trash, loufoques et dramatiques que les autres. Au programme : hallucinations, hémoglobine, perversions en tout genre, monstre et friendzone.


Stoker, Park Chan-wook, 2013
© Stoker, Park Chan-wook

India Stoker est une adolescente tourmentée, dont le père vient de mourir. Son oncle Charlie vient s'installer dans la grande demeure familiale qu'elle habite désormais seule avec sa mère. L'intrigue est basique mais assez efficace, et comporte plusieurs rebondissements inattendus. Les différentes séquences sont toujours d'une esthétique à couper le souffle, qui ne fait que rehausser le mal-être et les troubles des personnages. Dans cette magnifique maison, chaque geste, chaque expression devient rapidement les éléments d'une pièce de théâtre macabre et incontrôlable.


Nouvelles histoires extraordinaires, Edgar Poe, 1857 (traduction de Baudelaire)
J'ai eu l'idée d'ajouter ce florilège de nouvelles bien connues à cette petite liste puisque je l'étudie cette année. C'est Baudelaire lui-même qui s'est chargé de la traduction et du choix des différents récits intégrés dans l'ouvrage. Il est assez extraordinaire de voir à quel point Poe jongle entre les registres : le grotesque, le gothique — dont il détourne parfois les codes — le fantastique... Chaque nouvelle est différente et se lie parfaitement à l'ensemble du recueil. Je vous recommande particulièrement Le masque de la mort rouge — un conte macabre sur la peste — Petite discussion avec une momie, relatant une conversation invraisemblable entre des scientifiques et une momie égyptienne revenue à la vie, ainsi que William Wilson, qui aborde le thème du double maléfique et La chute de la maison Usher, nouvelle extrêmement célèbre et sombre, comportant des thèmes aussi variés que l'art, la maladie et l'inceste, idéale pour passer une soirée joyeuse au coin du feu.


Balada Triste, Alex de la Iglesia, 2010
© Balada Triste, Alex de la Iglesia
Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un énième remake d'un certain livre au titre bref et évocateur, portant sur les clowns tueurs. Balada Triste est une fable grotesque sur l'amour, la mort et le franquisme, puisqu'il s'agit là du thème majeur du film. L'action se déroule dans un cirque et part d'une lutte violente entre le clown triste et le clown joyeux, dont les personnalités respectives ne sont pas forcément en accord avec leur rôle d'origine. La violence extrême de ce film souligne le traumatisme d'un pays marqué par des années de dictature et de répression. Le réalisateur se permet absolument tous les excès, pour le meilleur et pour le pire.


Grimoire de sorcières, Benjamin Lacombe et Sébastien Perez
© Grimoire de sorcières,
Benjamin Lacombe
et Sébastien Perez
Ce superbe livre d'illustration retrace l'histoire de quatorze femmes sorcières — aucun homme n'est présent dans ce recueil, c'est étrange — qui ont toutes des pouvoirs magiques bien précis. Présentées à la fois comme très fortes et vulnérables, ces femmes sont pour la plupart inspirées de personnages célèbres, réels ou légendaires (Monna Lisa, Jeanne d'Arc, Lilith, Méduse...), dont on découvre l'histoire au fil de pages agrémentées de dessins subtils et colorés et d'objets distinctifs, parfois à mille lieues de ce à quoi notre imagination débordante pourrait s'attendre.

vendredi 1 septembre 2017

AVANCE RAPIDE #3 Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012

Camille redouble avait fait grand bruit à sa sortie en 2012, grâce à sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Je me souviens qu'à peu près tous les adultes et adolescents que je connaissais souhaitaient le voir ou s'étaient directement précipités au cinéma. Ma prof de français de l'époque nous en avait même parlé au détour d'une phrase. Cependant, je n'avais pas été tentée par ce film. L'histoire ne touchait pas vraiment l'adolescente de treize ans que j'étais, et j'allais beaucoup moins au cinéma que maintenant.
J'ai songé à cela la veille, lorsque j'ai regardé Camille redouble, et je me suis dit que j'avais bien fait d'attendre, afin de l'apprécier dans sa globalité, car certains détails m'auraient probablement déstabilisée si je l'avais vu il y a cinq ans ! Il me paraît difficile de classer ce septième long-métrage de Noémie Lvovsky dans une catégorie : drame, comédie, film fantastique, rêvé, ou objet non identifié ? Camille redouble est tout cela à la fois, et bien plus encore.

© Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012

La première scène est évocatrice : un réalisateur de cinéma d'horreur et son équipe tournent une scène d'une obscure série Z au titre évocateur, La vengeance du boucher. Faux sang dégoulinant et trucages sont donc au rendez-vous, pour le meilleur et pour le pire. Cette atmosphère loufoque est présente tout le long du film, mais se trouve parfois teintée de nostalgie.
Camille a une quarantaine d'années et une existence qui ne la satisfait pas, hantée par la mort de sa mère et par sa séparation avec Eric, son amour d'adolescence, devenu son compagnon par la suite. Elle a une fille, un chat, une bague qu'elle voudrait enlever et une montre qu'elle souhaiterait réparer. On suppose que c'est celle-ci qui lui permettra de retourner dans le passé sans le vouloir, mais la réalisatrice ne propose pas vraiment d'explications à ce sujet. Camille se retrouve donc en 1985, l'année de ses seize ans. Elle n'a pas conservé son visage d'adolescente, comme dans certains films américains, mais personne ne semble s'en rendre compte. Il est difficile de résister à la frénésie de Noémie Lvovsky, qui donne de sa fougue au personnage de Camille, ainsi qu'aux nombreux autres acteurs qui rythment le film par leur présence. Les petits rôles sont très soignés et réussis, du professeur de français sadique (Mathieu Amalric), à l'horloger sensible et un mystérieux (l'excellent Jean-Pierre Léaud). L'esthétique et le style vestimentaire des personnages sont très importants, car il semble que tout s'accorde parfaitement — les vêtements colorés que porte Camille rappellent sa chambre d'adolescente avec des photos d'icônes comme Marlon Brando, James Dean ou Marylin Monroe collées un peu partout. Il en va de même pour l'appartement que l'on découvre dans les premières scènes du film, qui rappelle irrésistiblement la fantaisie du personnage par ses grandes bibliothèques remplies de livres et ses murs colorés. Aucun détail n'est laissé au hasard — Noémie Lvovsky exploite chaque piste à fond. On ajoutera à cela des dialogues savoureux, donnant lieu à certaines scènes vaudevillesques, notamment avec les professeurs de français et de théâtre. Il est difficile de ne pas sourire, voire d'éclater franchement de rire, en voyant Camille et ses trois copines toutes de rose et de noir vêtues passer par la fenêtre de la classe parce que "c'est l'insurrection m'sieur".

© Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012
L'erreur serait de penser que Camille redouble est de l'ordre du simple divertissement, le genre de film que l'on regarde pour se changer les idées et sourire après une journée orageuse. En réalité, Noémie Lvovsky effectue une "recherche du temps perdu" des plus réussies. Elle parvient à contourner les clichés, ainsi que l'horizon d'attente du spectateur. Camille Vaillant n'est pas une fée venue d'une autre époque, certaines choses sont irrémédiables, et elle est dans l'impossibilité de les transformer. C'est ce caractère définitif de l'espace temps qui donne au film un aspect fortement mélancolique. Malgré des chorégraphies endiablées sur des tubes de Bananarama ou Katrina & The Waves, les personnages sont en quête d'une existence meilleure, car leurs aspirations ne sont nullement en accord avec leur vie. Noémie Lvovsky le montre bien : ce retour dans le passé ne changera rien dans la vie future de Camille... Ou presque ? Comme je l'ai déjà précisé, le spectateur est à mille lieues de son horizon d'attente. Tout peut arriver.
Les personnages sont toujours plein de franchise et de naturel, même s'ils restent complexés et tristes, que ce soit à l'âge adulte ou à l'adolescence. La jolie Josepha aimerait être plus douce, ce sera donc l'occasion pour Camille de lui apprendre, le temps d'une scène, à tenir délicatement sa cigarette... Camille redouble est un véritable condensé de poésie, d'amour et d'humour, accompagné par de vrais tubes (ce sera l'occasion pour vous de redécouvrir, entre autres, 99 Luftballons ou Walkin on Sunshine) mais aussi par quelques belles musiques de Gaëtan Roussel, le leader de Louise Attaque, composées spécialement à cette occasion. Si le film comporte néanmoins quelques anachronismes — certaines chansons n'étaient pas encore sorties durant l'adolescence de Camille, en 1985 — ceux-ci renforcent encore son caractère décalé et hors du temps.
L'image à retenir sera celle de ces "quatre dromadaires" — titre de l'une des chansons de Gaëtan Roussel — dignes héritières des célèbres adolescents écorchés du cinéma qu'ont pu être Antoine Doinel ou Jim Stark.




Avec : Noémie Lvovsky (Camille), Yolande Moreau (la mère de Camille), Michel Vuillermoz (le père de Camille), Samir Guesmi (Eric), Judith Chemla (Josepha), Denis Podalydès (Alphonse Da Costa) Julia Faure (Louise), India Hair (Alice)...
Date de sortie en France : 12 septembre 2012
Durée : 120 minutes (bande annonce ici)

Disponible sur Netflix

jeudi 17 août 2017

LE BEL ÂGE EN IMAGES #2 Beyond Clueless, Charlie Lyne, 2014

L'été passe à vive allure et je n'ai pas vraiment écrit sur ce blog, j'ai tâché d'être productive ailleurs, avec ou sans succès...
J'ai regardé hier le documentaire Beyond Clueless de Charlie Lyne. D'après wikipedia, Charlie Lyne est un jeune réalisateur et critique de cinéma de 26 ans, qui a deux documentaires à son actif (Beyond Clueless et Fear Itself, traitant du cinéma d'horreur). Il a acquis une certaine renommée en créant le blog Ultra Culture à l'âge de seize ans. Lyne est également connu pour avoir réalisé Paint Drying, un film montrant de la peinture blanche séchant sur un mur de briques durant 607 minutes (rien que ça). Au-delà de son envie évidente de ne pas être another brick in the wall — ne me remerciez pas pour le jeu de mots — Charlie Lyne a fait un pied de nez au BBFC (British Board of Film Classification, un comité de censure anglais) qui a dû regarder le film dans son intégralité durant deux jours...
Revenons maintenant à Beyond Clueless. Je souhaitais regarder ce documentaire depuis très longtemps, car il présente un florilège de teen movies en tout genre — Charlie Lyne étant lui-même fan de ce genre cinématographique. Ainsi, lorsque j'ai eu l'occasion de trouver le DVD à la bibliothèque, j'ai sauté sur l'occasion.

© Beyond Clueless, Charlie Lyne, 2014

Je me suis trouvée déroutée par ce documentaire assez court, qui comporte bien des points positifs et un point négatif, malheureusement assez conséquent. 
Tout d'abord, il est extrêmement prenant. On ne voit pas le temps passer, car il est rythmé et bien conçu, avec énormément d'extraits de teen movies en tous genres — pas de panique si vous n'avez pas le temps de tout noter, le petit livret "vidéothèque" compris dans le DVD vous aidera à y voir plus clair. Le montage est indéniablement très bien conçu, avec un découpage en chapitres, un prologue et un épilogue. Chaque chapitre évoque une caractéristique du teen movie et de l'adolescence — le lycée, la sexualité, le passage à l'âge adulte...  Le documentaire est commenté dans sa totalité par Fairuza Balk, une actrice américaine, connue pour avoir joué dans The Craft, dont j'ai déjà parlé, American History X de Tony Kaye ou encore The Island of Dr. Moreau de John Frankenheimer. Sa voix particulière correspond merveilleusement aux images. Parfois, on esquisse un sourire lorsqu'on la retrouve plus jeune sur l'écran, toute de noir vêtue, alors qu'elle parle doucement du lycée américain et de ses "castes". 
Ce documentaire porte un regard différent sur les teen movies. Il ne se contente pas de faire défiler des images, commentées vaguement par une actrice connue, mais il réinvente littéralement le genre, en livrant sa propre interprétation des extraits proposés. Dans chaque chapitre, on trouve également des passages sans aucune parole, accompagnés par la musique de Summer Camp — agréable découverte musicale — sortes de clips vidéos composés de plusieurs dizaines d'extraits portant sur un même thème (je pense notamment à celui sur la piscine et à un autre, bien plus sombre, concernant l'angoisse que peut apporter l'adolescence.) Chaque extrait permet de faire réfléchir à la véritable idéologie qui se cache derrière les teen movies. Le regroupement stratégique de plusieurs scènes tirées de films différents montre qu'ils sont tous plus ou moins construits selon le même schéma : le peur de grandir, la sexualité montrée comme quelque chose de "mal", les fêtes et le lycée, avec ses groupes dont on ne sort jamais (sportifs, cheerleaders, camés, geeks...)
On est presque effrayés à l'idée de se dire qu'il est si facile de rentrer dans une case et de s'y conformer. 

© Charlie Lyne
Le seul reproche que je pourrais faire au réalisateur serait de reproduire parfois, peut-être inconsciemment, les schémas du teen movie, au lieu de les contourner comme il l'a si bien fait à certains moments du documentaire. L'homosexualité n'échappe malheureusement pas à une certaine ambiguïté : elle est mentionnée dans le chapitre qui concerne "l'émancipation" et le fait de "sortir du moule créé par le lycée et les autres". Cette vision m'a posé problème — il s'agit ni plus ni moins d'une orientation sexuelle, et non d'un acte de rébellion à l'égard de la société. Si l'on ajoute à cela le passage sur l'angoisse adolescente montré peu après, regroupant adolescents échevelés, sanglants et en souffrance, on ne peut que se trouver assez perplexes. Malgré cet écueil, Lyne réussit globalement à éviter tous les pièges des teen movies et à les détourner — s'il s'agit d'un genre cinématographique assez passionnant, il n'en reste pas moins que ces films sont ambigus et qu'il faut essayer de les regarder avec un certain recul, ce à quoi je n'arrive pas toujours de mon côté. Beyond Clueless est donc un documentaire à regarder absolument, ne serait-ce que pour l'immense variété d'extraits que l'on y trouve, allant du film d'horreur à la comédie grivoise, en passant la bluette adolescente et autres joyeusetés, même si certains thèmes ne sont pas forcément abordés avec neutralité ! 




avec la voix de : Fairuza Balk 
genre : documentaire
sortie : 10 mars 2014 (festival SXSW)
durée : 80 minutes environ